Combat de l’Hermionne par Lestan de Lioncourt

Cet article nous est proposé par Lestan de Lioncourt que nous remercions pour sa participation à la vie du site.

Comme promis je vais vous raconter deux combats auquel Latouche-Treville à pris part en tant que commandant de l’Hermione. Le premier est un duel contre la frégate H.M.S Iris. Tout d’abord le contexte :
L’Hermione et l’Iris sont toute deux de forces équivalente. Il s’agit de frégate de 32 canons dont la batterie principale porte des pièces de 12. Des canons de 6 sont disposés sur les gaillards selon les anglais pour l’Iris. Dans sa lettre, Latouche lui pense qu’il s’agissait de canons de 9.

Elles se rencontrent le 7 juin 1780 non loin de Long Island. L’Hermione y est en croisière sur initiative de Latouche qui a toute liberté de manœuvre jusqu’au 26. En croisant non loin de New York il espère capturer un navire ayant à son bord des gazettes et des ordres pour la garnison afin d’aider les insurger à concevoir leur plan de campagne. Au 7 juin, l’Hermione a déjà plusieurs prises marchandes à son actif. Ce fameux 7 juin, la frégate française aperçoit 4 navires : Un sloop de guerre, un schooner, un senau et un trois mats qui est rapidement identifier comme frégate : l’Iris. Le français n’hésite pas la moindre seconde pour autant et prends aussitôt ses dispositions, l’Hermione fait le branle-bas de combat. Le senau et la frégate réduisent la voilure pour se laisser rejoindre, les deux autres filent.
Pour la suite, je me contenterais de cité en grande partie Latouche lui-même, son rapport nous étant parvenus. Ses mots seront en italique, les miens en normal.

L'iris combattant la citoyenne française

L’iris combattant la citoyenne française

« … Après avoir fait toutes mes dispositions pour le combat, je virai sur la frégate, qui pour m’éviter la moitié du chemin arriva en dépendant sur moi. Je reconnus ce bâtiment pour une frégate percée de 15 sabords dont 14 étaient garnis de canons et en ayant sur son gaillard depuis l’extrémité de son arrière jusqu’au grand mat. »
Disposition de canons différente sur l’Hermione : elle porte 4 canons sur son gaillard arrière et 4 autres sur son gaillard avant. Le centre du navire, que l’on appelle communément « l’abattoir » n’est armé que sur le pont de batterie.
« Je carguai mes basse voiles et me mis comme elle sous les deux huniers. Nous hissâmes chacun notre pavillon par le travers l’un de l’autre et j’assurais le mien par toute ma bordée de tribord que je lui lâchai en la dépassant. Elle ne riposta que par quelques coups, je jugeai que son dessein était d’arriver dans ma poupe pour m’envoyer sa bordée entière.
latoucheJ’arrivai en conséquence tout plat vent arrière. Par ce moyen je me trouvai par son travers et nous commençâmes alors un feu très vif de part et d’autre à demi-portées de fusil. Après une demi-heure de combat dans cette position, je m’aperçus qu’elle faisait tous ses efforts pour se laissée culer afin de me prendre par la hanche, la marche supérieure que j’avais sur elle et le dégréement des bras et boulines lui facilitèrent ce mouvement.
Je parvins cependant à venir un peu au vent et je me trouvai par cette manœuvre en position de la battre avec tous mes canons, ce de l’avant à l’arrière, comme elle me battait de l’arrière à l’avant
Le combat dura ainsi une heure avec vivacité de part et d’autre mais mon feu étant supérieur au sien, elle saisit l’instant ou je la dépassais pour mettre son petit hunier à culer et peu après elle tint le vent. Je lui envoyai trois coups de canons auxquels elle ne riposta pas. Mon gréement étant haché de manière à ne pouvoir tenir le vent, je laissais tomber la misaine pour m’éloigner afin de le réparer dans l’intention de recommencer le combat. Elle continua de tenir le vent et je jugeai par la que son intention n’était pas d’en venir à un second engagement. J’eus connaissance du schooner qui était de sa compagnie en avant de moi. Je mis toutes les voiles que je pus pour le chasser. Je l’ai poursuivi à la vue de la frégate anglaise jusque sous la pointe Montauk que j’ai approchée jusqu’à six brasses d’eau. La crainte de compromettre la frégate du roi en approchant d’avantage la terre m’a fait cesser la chasse. Si les vents n’eussent pas calmé j’aurais eu la satisfaction de m’en rendre maître, ce qui aurait décidé la question de l’avantage de cette rencontre. »
La suite de la lettre fait état du résultat : Le combat aura durée 1h30 à demi-portée de fusil et l’Hermione accuse 10 tués et 37 blessés. Dans son rapport il indique avoir de bonne raisons de croire que l’ennemi a eu des pertes bien plus lourde : La ou l’anglais à chercher à dégréé le français en visant haut, l’Hermione à pilonner l’Iris plein bois durant tout l’engagement. Et Latouche assure que très peu de coups n’ont pas atteint leur but. Il indique ensuite que l’Iris était fraichement peinte et paraissait neuve au début de l’engagement.
La suite fera l’éloge de son état-major :
« M. Duquesne, mon second, par son exemple et sa valeur a contribué beaucoup à animé le courage de l’équipage. (…) MM Mullon, De la Villemarais, Gourg et Félix de la Palisse, officiers auxiliaires, se sont comportés en gens d’honneur rempli de courage. (…) MM De Traversay, Desbiars et La Salle, gardes de la marine, ont donné l’exemple de la bravoure et du sang froid. »

Dans la suite de la lettre il ne manquera pas d’éloge non plus pour le personnel non cadre. Plus tard il fera même l’éloge d’un second maitre, touché aux jambes dès le début et qui refusera de quitté le pont pour l’infirmerie. Latouche jouera de toute son influence pour lui obtenir un poste de maître surnuméraire entretenu.
L’Hermione à tirer durant le combat 259 coups de canons,  140 coups de pierriers et 1280 coups de fusil ou d’espingoles. Les 259 coups de canons représentent une moyenne d’un peu plus de 5 minutes entre deux bordées. Sachant que le récit démontre bien des instants ou l’on se canonne peu, la cadence de tir de l’Hermione devait donc être supérieur, ce qui est très honorable pour un combat qui dur et ou la fatigue s’ajoute aux pertes.

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Ce combat aura un énorme retentissement : En effet dans leur version des faits, les anglais affirment que c’est Latouche qui rompt le combat en hissant ses voiles majeur et en laissant portée. Ils affirment également l’avoir poursuivis jusqu’à ce que l’apparition d’une voile les forces à cesser la chasse.
La polémique prendra encore de l’ampleur à l’annonce des pertes : L’anglais dit n’avoir que 7 morts et 9 blessés !  Latouche écrira une lettre personnel au capitaine Hawke, commandant l’Iris, lui demanda de restaurer la vérité : L’Hermione ayant tiré plein bois durant toute la bataille il parait improbable au lieutenant de vaisseau Latouche que l’Iris n’ai eu que si peu de pertes. Latouche note d’ailleurs également qu’entre le début et la fin du combat, la cadence de tir de l’Iris à fortement chuté, signe de pertes très importante dans le pont de batterie.
Les arguments de Latouche semblent bien plus forts que ceux de l’anglais. Il est donc probable que là ou Latouche a voulu restituer le combat dans sa vérité, les anglais ont cherché à minimiser les conséquences. D’autant plus que l’on sait que les anglais pratiquer déjà une propagande très efficace à cette période.
Toujours étant, l’Hermione rejoindra son port d’attache pour réparation le 10 juin. Elle reprendra la mer en moins d’une semaine, le 15 juin. Les journaux de bord de l’Iris montrent qu’elle-même dut restée immobilisé à New York du 10 juin au 15 juillet. Signe d’avaries très importantes ou d’un équipage franchement décimé. Voir les deux. Officiellement le combat fut donc indécis mais il n’est pas du tout inconvenable de le considérer, de notre côté de la manche, pour une victoire fièrement obtenue.

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